Fonds euros ou unités de compte : l'arbitrage selon TMI et horizon
Sécurité du fonds euros ou potentiel des unités de compte ? Pour un dirigeant ou un cadre à TMI 41-45 %, la réponse dépend moins du goût du risque que de l'horizon réel et du coût d'opportunité fiscal. La méthode chiffrée.
L'arbitrage entre fonds euros et unités de compte (UC) est moins une question de tempérament qu'une question de mathématique fiscale. Pour un dirigeant ou un cadre à TMI 41-45 %, l'écart de rendement net entre 100 % fonds euros et 70 % UC actions sur 15 ans peut représenter 30 % à 50 % de capital final supplémentaire. Encore faut-il que l'horizon le permette, et que l'allocation soit tenue pendant les phases de baisse. Ce guide pose la méthode chiffrée.
- Pourquoi cet arbitrage est central pour les hauts revenus
- Comprendre les fonds euros en 2026
- Comprendre les unités de compte
- L'arbitrage fiscal : ce que change la TMI
- La méthode TMI × horizon
- Allocations type selon le profil
- Deux cas pratiques chiffrés
- Les erreurs fréquentes
- Checklist avant de fixer son allocation
- Conclusion : un curseur à ajuster, pas une vérité figée
Pourquoi cet arbitrage est central pour les hauts revenus
L'assurance-vie française reste massivement exposée aux fonds euros : environ 60 % des encours, contre 40 % en unités de compte. Cette répartition s'est lissée ces dernières années, mais elle reste très en dessous des standards de patrimoines équivalents en Allemagne, en Suisse ou aux États-Unis, où la part actions long terme dépasse régulièrement 60 % à 70 %.
Pour un dirigeant ou un cadre à TMI 41-45 %, cette sur-représentation du fonds euros a un coût mesurable. Trois mécanismes le rendent visible.
Premier mécanisme — l'érosion par l'inflation. Un fonds euros à 3 % bruts en 2025 délivre environ 2,4 % nets après prélèvements sociaux à 18,6 %. Avec une inflation moyenne de 2 %, le rendement réel net se situe autour de 0,4 %. À ce rythme, le pouvoir d'achat ne progresse quasiment pas. Sur un horizon de 15 ans, cette stagnation est un coût d'opportunité majeur.
Deuxième mécanisme — la prime de risque actions long terme. Sur des horizons de 15 ans glissants depuis 1900, un portefeuille actions monde a délivré une prime de risque réelle de 4 à 5 points par an. Pour un horizon retraite à 20 ans, cette prime représente la différence entre un capital qui double et un capital qui triple. La probabilité de perte sur 15 ans est statistiquement faible — non nulle, mais inférieure à 5 % sur les données historiques.
Troisième mécanisme — la fiscalité de l'arbitrage. À l'intérieur d'une assurance-vie, on peut modifier l'allocation sans déclencher d'imposition. Cette propriété change la donne : on peut s'exposer fortement aux UC pendant 12 ans, puis sécuriser progressivement les gains vers le fonds euros à l'approche de l'objectif. Sur un compte-titres, ce même mouvement déclenche un PFU à 31,4 %.
Comprendre les fonds euros en 2026
Le fonds euros est un actif financier garanti par l'assureur. Le capital placé est protégé (hors frais de gestion), et un rendement annuel est crédité — généralement composé d'un taux minimum garanti et d'une participation aux bénéfices.
Comment un fonds euros est-il composé ?
Historiquement, un fonds euros était composé à 80 % d'obligations souveraines et d'entreprises de qualité. Cette structure expliquait à la fois sa stabilité et la baisse de ses rendements pendant les années de taux bas (1 % à 2 % entre 2015 et 2022). Avec la remontée des taux à partir de 2022, les nouveaux titres obligataires achetés par les assureurs ont des rendements plus élevés, ce qui se reflète progressivement dans les taux servis (2,5 % à 3,8 % en 2025 selon les contrats).
Les fonds euros nouvelle génération
Pour offrir un rendement plus attractif, certains assureurs ont lancé des fonds euros « dynamiques » ou « immobiliers », qui intègrent une fraction d'actifs plus risqués (immobilier, actions, obligations à haut rendement). Le rendement potentiel est plus élevé, mais la garantie en capital est partielle (souvent 95 % à 98 %), et l'accès à ces fonds est parfois conditionné à un pourcentage minimum d'UC.
Le rendement net après fiscalité
À TMI 45 %, un fonds euros à 3 % bruts délivre 2,44 % nets après prélèvements sociaux (3 % × (1 − 0,186)). Cette fiscalité s'applique chaque année sur le fonds euros — contrairement aux UC, dont les gains ne sont imposés qu'à la sortie. La règle est simple : un fonds euros affiché à 3 % bruts ne rapporte effectivement que 2,4 % à 2,5 % en net pour un haut revenu.
Comprendre les unités de compte
Les unités de compte regroupent l'ensemble des supports d'investissement non garantis disponibles dans une assurance-vie. Leur valeur fluctue chaque jour. Le souscripteur supporte le risque de perte en capital. En contrepartie, le potentiel de rendement long terme est nettement supérieur.
Les grandes familles d'UC
Les UC se répartissent en quatre grandes familles : les UC actions (OPCVM, ETF — exposition à des indices ou des thèmes), les UC obligataires (fonds investis en obligations), les UC immobilières (SCPI, OPCI), et les UC alternatives (private equity éligible AV, fonds infrastructure, fonds patrimoniaux). Le mix entre ces familles définit le profil de risque global du contrat.
Les ETF en assurance-vie : un changement de paradigme
Depuis 2018, les meilleurs contrats du marché proposent des ETF mondiaux à des frais de gestion de 0,2 % à 0,5 % par an, contre 1,5 % à 2,5 % pour les OPCVM gérés activement. Sur 25 ans, cette différence représente environ 28 % de capital final supplémentaire — soit, sur un encours de 200 000 €, plusieurs dizaines de milliers d'euros de gain net de frais.
La fiscalité des UC dans le contrat
Les UC bénéficient d'un atout important : leurs gains ne sont imposés qu'à la sortie, et seulement sur la part « gains » d'un rachat. Tant que le capital reste dans le contrat, aucune fiscalité ne s'applique aux plus-values latentes. Les arbitrages internes (vendre un ETF actions pour acheter un fonds obligataire, par exemple) ne déclenchent aucune imposition. Cette propriété est l'un des leviers les plus puissants de la stratégie patrimoniale d'un dirigeant à TMI élevée.
L'arbitrage fiscal : ce que change la TMI
La TMI joue un rôle décisif dans cet arbitrage, à deux niveaux.
Niveau 1 — Le rendement net du fonds euros
Le fonds euros subit chaque année les prélèvements sociaux à 18,6 % sur les intérêts. À TMI 45 %, ce frottement annuel se cumule avec un coût d'opportunité — chaque euro figé dans un fonds euros ne capitalise pas dans une UC potentiellement plus performante. L'écart de rendement net (FE 2,5 % vs UC actions 5 % à 7 % attendu sur 15 ans) prend tout son sens à hauts revenus.
Niveau 2 — La fiscalité de sortie
Après 8 ans de détention, l'assurance-vie applique un abattement annuel de 4 600 € (personne seule) ou 9 200 € (couple) sur la part « gains » d'un rachat. Au-delà, la fiscalité est de 7,5 % d'IR (versements ≤ 150 000 €) ou 12,8 % (au-delà), plus 18,6 % de PS, soit 26,1 % ou 31,4 % au total. Cette fiscalité s'applique de la même manière sur les gains du fonds euros et sur les plus-values UC — mais les volumes en jeu sont, sur le long terme, très différents.
L'avantage fiscal de l'AV après 8 ans ne suffit pas à justifier une exposition UC. C'est l'horizon, la situation patrimoniale globale et la tolérance émotionnelle aux baisses qui doivent dicter l'allocation. Un dirigeant qui vend ses UC dans la panique au plus bas d'une correction de 30 % aura matérialisé une perte que la fiscalité allégée ne compensera pas.
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Je m'inscrisLa méthode TMI × horizon
L'arbitrage entre fonds euros et UC repose sur deux variables principales : l'horizon de placement et la tolérance au risque. La TMI joue un rôle de pondération — elle augmente le coût d'opportunité du fonds euros, mais ne change pas la logique de base.
L'horizon comme variable première
Pour une poche dont l'horizon est inférieur à 5 ans, l'allocation devrait rester majoritairement en fonds euros. Le risque d'avoir à racheter pendant une phase de baisse des marchés est trop élevé. Pour une poche dont l'horizon est supérieur à 10 ans, la part UC devient statistiquement dominante — la probabilité d'une perte cumulée sur 10 ans glissants est faible sur un portefeuille actions monde diversifié.
La tolérance émotionnelle au risque
L'allocation théoriquement optimale n'est utile que si le souscripteur la maintient pendant les phases de baisse. Un dirigeant qui anticipe qu'il vendra ses UC à la première chute de 25 % devrait sous-pondérer les UC dans son allocation initiale, quitte à accepter un rendement long terme inférieur. Mieux vaut tenir une allocation 60/40 sur 15 ans qu'oublier 80/20 sur 5 ans avant de basculer en panique.
La méthode du « bucket »
Pour les patrimoines structurés, nous utilisons fréquemment une méthode dite du bucket : segmenter l'épargne en trois poches selon l'horizon, et appliquer une allocation distincte à chaque poche. La poche court terme (3-5 ans) reste en fonds euros et liquidités. La poche moyen terme (5-10 ans) se partage 50/50. La poche long terme (10 ans et au-delà) bascule à 70-90 % UC. Cette segmentation, appliquée par poche et non sur l'encours global, permet de tolérer plus de risque sans s'exposer à un rachat forcé.
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Parler à un expert →Allocations type selon le profil
Voici les allocations que nous voyons fonctionner sur les profils dirigeant et cadre supérieur. Ces grilles sont des points de départ, à ajuster selon la situation personnelle.
| Profil | Horizon | Fonds euros | UC actions | UC obligataires / SCPI |
|---|---|---|---|---|
| Sécurité — projet à 3-5 ans | ≤ 5 ans | 80 % | 10 % | 10 % |
| Équilibré — patrimoine intermédiaire | 5-10 ans | 50 % | 30 % | 20 % |
| Croissance — long terme | 10-15 ans | 30 % | 50 % | 20 % |
| Croissance dynamique — retraite éloignée | ≥ 15 ans | 15 % | 70 % | 15 % |
| Transmission — versements avant 70 ans | ≥ 20 ans | 20 % | 60 % | 20 % |
La logique du « pilote automatique »
Pour les souscripteurs qui souhaitent éviter de gérer activement leurs arbitrages, la gestion pilotée propose une délégation. L'assureur (ou un gérant délégué) ajuste l'allocation selon le profil retenu. Les frais sont généralement plus élevés (0,2 à 0,8 point supplémentaires), et la qualité varie fortement d'un acteur à l'autre. Pour les patrimoines significatifs, un mandat de gestion conseillée par un expert partenaire est souvent plus performant — un sujet à arbitrer au cas par cas.
Deux cas pratiques chiffrés
Les principes prennent leur sens appliqués à des situations concrètes. Deux profils représentatifs des accompagnements menés par les cabinets partenaires d'Atelier Capital.
Julien, 44 ans, directeur informatique en grande distribution — 145 000 € brut / an
Julien est marié, deux enfants, propriétaire de sa résidence principale. TMI 41 %, épargne disponible 18 000 € / an. Une assurance-vie ouverte il y a 12 ans dans sa banque (95 000 € entièrement en fonds euros à 2,3 % nets). Aucun PER ouvert. Horizon retraite : 18-20 ans.
Son objectif : rééquilibrer l'allocation sans faire de transfert (qui réinitialiserait le compteur des 8 ans). La stratégie déployée s'appuie sur les arbitrages internes au contrat.
Sans changer de contrat, Julien capte le potentiel des UC tout en conservant l'antériorité fiscale de 12 ans. Le rendement moyen visé passe de 2,3 % nets à environ 4,8 % nets — soit, sur 18 ans, un capital final supérieur d'environ 200 000 € à un scénario « tout fonds euros ». La gestion programmée des versements lisse l'effet d'éventuelles entrées de marché défavorables.
Marine, 49 ans, gérante majoritaire d'une SARL de services — 220 000 € de revenu global
Marine dirige une SARL à l'IS, se rémunère en gérante majoritaire (TNS), et tire un complément de revenu en dividendes. TMI consolidée 45 % + CEHR 3 %. Patrimoine financier : 380 000 € répartis entre une AV de 14 ans (250 000 €, 60 % fonds euros) et un compte-titres (130 000 €). Trois enfants, projet de cession dans 8 ans. Horizon mixte : besoins de liquidités à 5-7 ans pour des projets, et long terme jusqu'à 75 ans.
Sa problématique : doser sécurité et performance, structurer la transmission, préparer la cession. La stratégie déployée segmente le patrimoine en trois poches.
Cette segmentation par poches permet à Marine de capter une performance moyenne supérieure à 4 % nets tout en conservant 80 000 € totalement liquides pour ses projets à court terme. La répartition des bénéficiaires dans la clause assure 152 500 € transmis hors fiscalité par enfant, soit 457 500 € au total. Ce niveau d'orchestration relève d'un accompagnement par un spécialiste sélectionné par Atelier Capital, qui articule allocation, fiscalité, transmission et préparation de la cession.
Les erreurs fréquentes
Bloquer une épargne court terme en UC
Investir en UC actions un capital dont on sait qu'il sera mobilisé dans 2 à 3 ans (apport immobilier, projet personnel) expose à un risque de matérialisation des pertes en cas de baisse de marché. Pour ces sommes, le fonds euros reste l'allocation appropriée.
Tout basculer en UC d'un coup
Passer 100 % d'un capital fonds euros vers des UC en une seule opération expose au risque d'entrée au plus haut. Un lissage sur 6 à 12 mois (versements programmés ou arbitrages échelonnés) réduit cette sensibilité au point d'entrée.
Confondre rendement passé et rendement futur
Le taux servi par un fonds euros en 2024 ou 2025 reflète la composition obligataire passée. Il évolue lentement mais peut redescendre. À l'inverse, une UC actions monde dont la performance des 5 dernières années a été très forte ne reproduira pas mécaniquement ces chiffres. Toute projection patrimoniale doit reposer sur des hypothèses prudentes.
Sous-estimer les frais d'arbitrage
Certains contrats anciens facturent 0,5 % à 1 % par arbitrage. Sur un encours de 200 000 €, un arbitrage à 0,7 % coûte 1 400 €. Un contrat à frais d'arbitrage gratuits ou plafonnés est un atout pour qui souhaite gérer activement son allocation.
Multiplier les UC sans logique
Un contrat avec 25 UC différentes ne signifie pas qu'il est diversifié — il signifie qu'il est complexe à piloter. Une allocation cohérente repose sur 4 à 8 supports bien choisis (ETF actions monde, ETF marchés émergents, fonds obligataires, SCPI, fonds patrimonial), pas sur l'accumulation.
Checklist avant de fixer son allocation
- Déterminer l'horizon réel de chaque poche d'épargne (court, moyen, long).
- Mesurer la TMI consolidée et le coût d'opportunité du fonds euros.
- Évaluer la tolérance émotionnelle à une baisse temporaire de 25-30 %.
- Auditer les frais du contrat (gestion, UC, arbitrages) et les comparer.
- Vérifier la qualité des UC disponibles (ETF de qualité, SCPI référencées, accès PE).
- Calibrer une allocation par poche, pas globale.
- Programmer les arbitrages si réallocation importante (lisser sur 6-12 mois).
- Intégrer les prélèvements sociaux 2026 à 18,6 % dans le calcul du rendement net.
- Solliciter un cabinet partenaire pour un patrimoine au-delà de 250 000 € en AV.
Aucune allocation n'est universelle. Le bon ratio FE/UC dépend de l'horizon de chaque poche, de la TMI consolidée, de la tolérance émotionnelle et du reste du patrimoine. À hauts revenus et patrimoine structuré, l'appui d'un expert partenaire d'Atelier Capital permet d'éviter les deux écueils symétriques : sur-pondérer le fonds euros par prudence excessive, ou sur-pondérer les UC sans coussin de liquidité.
Conclusion : un curseur à ajuster, pas une vérité figée
L'arbitrage entre fonds euros et unités de compte n'a pas de réponse unique. Il dépend de la situation patrimoniale globale, de l'horizon réel, de la fiscalité personnelle et de la tolérance au risque. Pour un dirigeant ou un cadre à TMI 41-45 %, une allocation très conservatrice (tout fonds euros) coûte chaque année plusieurs points de rendement réel. À l'inverse, une exposition trop forte aux UC sur des horizons courts expose à des matérialisations de pertes.
La méthode tient en trois points : segmenter par horizon, ajuster selon TMI et tolérance, réviser périodiquement. Les chiffres et hypothèses évoqués ici sont à jour à la date de publication, mais chaque situation comporte des nuances qui peuvent justifier un ajustement. Pour un patrimoine significatif, un échange avec un expert partenaire constitue souvent le meilleur point de départ d'une revue d'allocation.
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Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre pédagogique et ne constituent pas un conseil en investissement, une recommandation personnalisée ou une incitation à souscrire. Les simulations reposent sur des hypothèses simplifiées et ne garantissent aucun résultat. Consultez un cabinet partenaire d'Atelier Capital avant toute décision d'investissement structurante. Données et taux en vigueur au moment de la publication (avril 2026).
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