Placer la trésorerie de son entreprise : 9 solutions comparées
Rendement, liquidité, fiscalité, risque : les neuf véhicules à connaître pour faire fructifier le cash dormant d'une société à l'IS, avec les rendements 2026 et la méthode d'arbitrage.
Sur un compte courant bancaire non rémunéré, 500 000 € de trésorerie d'entreprise perdent environ 50 000 € de pouvoir d'achat tous les cinq ans par effet d'inflation cumulée. Ce coût invisible est l'une des erreurs les plus fréquentes et les plus coûteuses des sociétés à l'IS qui accumulent du cash sans stratégie de placement. Pourtant, neuf grandes catégories de véhicules permettent de faire travailler la trésorerie d'entreprise, avec des rendements 2026 allant de 2 % à 8 % selon le profil de risque, de liquidité et d'horizon. Ce guide pose les 9 véhicules, leur rendement réel, leur fiscalité applicable et la méthode d'arbitrage pour structurer une allocation de trésorerie cohérente.
- Pourquoi placer la trésorerie d'entreprise n'est pas optionnel
- Segmenter la trésorerie : exploitation, sécurité, excédent
- Solution 1-3 : les véhicules de court terme
- Solution 4-5 : les véhicules de moyen terme
- Cas pratique 1 : David, allocation 800 000 € en court/moyen terme
- Solution 6-9 : les véhicules de long terme
- La fiscalité du placement en société à l'IS
- Cas pratique 2 : Marie, allocation patrimoniale à 10 ans
- Les erreurs les plus fréquentes
- La méthode d'arbitrage en quatre étapes
- Conclusion : structurer la trésorerie comme un patrimoine
Pourquoi placer la trésorerie d'entreprise n'est pas optionnel
Pour beaucoup de dirigeants, la trésorerie excédentaire de la société est perçue comme un coussin de sécurité, un actif neutre, un signal de bonne santé financière. Cette perception conduit à laisser des montants substantiels dormants sur des comptes courants non rémunérés ou sur des comptes professionnels à rémunération symbolique (0,1 % à 0,5 % maximum). Ce choix passif a un coût économique réel, souvent sous-estimé.
Le premier coût est l'inflation. Avec une inflation moyenne de 2 % par an, une trésorerie de 500 000 € laissée sur un compte non rémunéré perd 10 000 € de pouvoir d'achat la première année, et près de 96 000 € sur dix ans en cumulé. Cette érosion n'apparaît pas en comptabilité (le solde du compte reste stable), mais elle est très réelle économiquement : la même trésorerie permettra d'acheter moins de biens et services dans le futur.
Le deuxième coût est le coût d'opportunité. Pendant qu'une trésorerie dort sur un compte à 0,3 %, un compte à terme à 12 mois rémunère à 3 % en 2026. Sur 500 000 €, la différence représente 13 500 € de produits financiers manqués chaque année — soit, sur 10 ans, plus de 135 000 € de manque à gagner cumulé, avant même l'effet capitalisation.
Le troisième coût, moins immédiat mais structurant, est la perte d'optionalité patrimoniale. Une société à l'IS dispose d'un avantage structurel pour la capitalisation : les bénéfices laissés en société et placés sont taxés uniquement à 15-25 % d'IS, sans frottement supplémentaire tant qu'ils ne sont pas distribués au dirigeant. Une trésorerie laissée dormir n'exploite pas cet avantage : elle accumule du cash inerte plutôt que de construire un patrimoine sociétal qui pourra ensuite être cédé, transmis, ou redéployé.
Placer la trésorerie d'entreprise ne relève donc pas du superflu : c'est un acte de gestion patrimoniale au même titre que la rémunération du dirigeant, le pilotage du bilan ou la stratégie d'investissement. La seule question est comment placer, pas s'il faut placer.

Segmenter la trésorerie : exploitation, sécurité, excédent
Avant tout placement, la première étape est de segmenter la trésorerie disponible en trois poches distinctes, qui appellent chacune des solutions différentes. Cette segmentation conditionne toute la stratégie d'allocation.
Poche 1 : La trésorerie d'exploitation
Cette première poche couvre les besoins courants de l'activité : paiement des salaires et charges sociales, règlement des fournisseurs, financement du cycle d'achat, paiement de la TVA et de l'IS. Elle représente généralement 2 à 4 mois de charges fixes, selon la taille et la cyclicité de l'activité. Cette poche doit rester immédiatement disponible, sur des supports liquides (compte courant, comptes à vue rémunérés, OPCVM monétaires), la priorité est la liquidité, pas le rendement.
Poche 2 : La trésorerie de sécurité
Cette deuxième poche constitue un coussin de protection face aux imprévus : baisse temporaire d'activité, retard de paiement majeur, investissement opportuniste, financement d'un litige. Elle représente généralement 3 à 6 mois de charges fixes supplémentaires. Elle peut être placée sur des supports à liquidité courte à moyenne (comptes à terme à 3-12 mois, fonds monétaires, OPCVM diversifiés prudents), avec un rendement modéré (2-4 % en 2026) mais une accessibilité préservée.
Poche 3 : La trésorerie excédentaire (ou patrimoniale)
Cette troisième poche regroupe tout ce qui dépasse les besoins d'exploitation et de sécurité. C'est la trésorerie de placement patrimonial, qui peut être engagée sur des horizons plus longs (3 à 10 ans, voire au-delà) et acceptant une certaine illiquidité en contrepartie d'un rendement supérieur. C'est sur cette poche que se déploient les solutions de moyen et long terme (contrat de capitalisation, SCPI, OPCVM diversifiés, immobilier d'entreprise, private equity).
La segmentation n'est pas figée. À mesure que la société grandit, la trésorerie d'exploitation augmente en valeur absolue, mais la part de l'excédent peut croître proportionnellement plus vite. Une revue annuelle du dimensionnement des trois poches est indispensable.
Solution 1-3 : les véhicules de court terme
Pour la trésorerie d'exploitation et la première moitié de la trésorerie de sécurité, trois véhicules dominent.
Solution 1 : Le compte à terme (CAT)
Le compte à terme est un dépôt bancaire à durée fixée (1 mois à 5 ans), rémunéré à un taux contractuel connu à l'avance. En 2026, les CAT proposés aux personnes morales par les banques françaises offrent des rendements de 2,5 à 3,8 % pour des durées de 6 à 24 mois, selon les montants et la banque. La liquidité est contractuellement bloquée jusqu'à l'échéance : un rachat anticipé est généralement possible mais avec pénalités (perte d'intérêts, voire pénalité forfaitaire).
Avantages : rendement connu, capital garanti par la banque dans la limite de la garantie des dépôts (FGDR : 100 000 € par déposant et par banque), pas de risque de marché. Inconvénients : liquidité limitée, rendement plafonné, pas de protection contre l'inflation longue.
Solution 2 : Les OPCVM monétaires
Les OPCVM monétaires sont des fonds d'investissement collectifs qui investissent dans des titres de créance à très court terme (bons du Trésor, billets de trésorerie, certificats de dépôt). Leur rendement suit étroitement le taux directeur de la BCE (€STR), avec une marge réduite par les frais de gestion. En 2026, les rendements nets oscillent entre 2,0 et 3,2 %.
Avantages : liquidité quotidienne (rachat possible à tout moment, valorisation chaque jour ouvré), risque très faible, fiscalité différée à l'IS sur les plus-values latentes. Inconvénients : rendement modeste, frais de gestion à surveiller (idéalement < 0,3 % par an).
Solution 3 : Les comptes à vue rémunérés (super livret pro)
Certaines banques en ligne et établissements spécialisés proposent des comptes à vue rémunérés pour les personnes morales, avec des taux promotionnels les premiers mois (généralement 3-4 %) puis un taux pérenne de 1 à 2 %. Ces produits offrent une liquidité totale et un rendement supérieur à un compte professionnel classique, mais leur taux pérenne reste faible.
Avantages : liquidité totale, ouverture rapide, intégration aux outils bancaires usuels. Inconvénients : rendement structurellement modeste hors période promotionnelle, plafonds parfois bas.
Solution 4-5 : les véhicules de moyen terme
Pour la trésorerie de sécurité longue et le démarrage de la trésorerie excédentaire (horizon 2 à 5 ans), deux véhicules dominent.
Solution 4 : Le contrat de capitalisation personne morale
Le contrat de capitalisation est l'équivalent du contrat d'assurance-vie, mais adapté aux personnes morales. C'est l'un des véhicules les plus puissants pour la trésorerie excédentaire d'une société à l'IS, pour quatre raisons.
- Fiscalité différée : les plus-values latentes au sein du contrat ne sont pas imposées tant qu'aucun rachat n'est effectué. La société peut faire travailler sa trésorerie pendant 5, 10 ou 15 ans sans frottement fiscal annuel, l'IS n'est dû qu'au rachat, sur la base de la plus-value réalisée.
- Diversité des supports : fonds en euros (capital garanti, rendement 2-3 %), unités de compte (OPCVM, SCPI, ETF, supports immobiliers, rendement 4-8 % selon allocation), supports structurés.
- Liquidité préservée : rachat possible à tout moment (sous quelques jours pour le fonds euros, plus pour certains UC), sans pénalité spécifique au contrat.
- Pas de plafond : une société peut placer plusieurs millions d'euros sur un contrat de capitalisation, contrairement à certains produits réglementés.
Avantages : optimisation fiscale forte, diversité d'allocation, liquidité. Inconvénients : frais de gestion (~ 0,6 à 1,2 % par an selon contrat), nécessité d'un suivi régulier de l'allocation.
Solution 5 : Les OPCVM diversifiés (prudents à dynamiques)
Les OPCVM diversifiés sont des fonds qui combinent plusieurs classes d'actifs (obligations, actions, immobilier titrisé). Ils existent sous diverses formes : fonds prudents (allocation majoritairement obligataire, rendement attendu 3-4 %), équilibrés (mix obligations/actions, 4-6 %), dynamiques (majorité actions, 5-8 % avec volatilité plus élevée). Ils peuvent être détenus directement par la société (en compte-titres) ou via un contrat de capitalisation (pour différer la fiscalité).
Avantages : diversification intrinsèque, accès à plusieurs classes d'actifs, gestion professionnelle déléguée. Inconvénients : frais de gestion variables (0,3 à 1,5 % par an selon fonds), volatilité à court terme, fiscalité annuelle si détention en direct hors contrat capi (les plus-values latentes peuvent être imposées sous certaines conditions).
Cas pratique 1 : David, allocation 800 000 € en court/moyen terme
David, 47 ans, dirigeant d'une SAS de services BtoB, dispose d'une trésorerie excédentaire de 800 000 € en plus de ses besoins d'exploitation. Charges fixes mensuelles : 95 000 €. Pas de projet d'investissement majeur à 2-3 ans. Visibilité bonne sur les flux à moyen terme. Il souhaite construire une allocation simple, équilibrée entre disponibilité et rendement.
Pour David, l'allocation construite génère près de 25 000 € de produits financiers nets par an, contre 2 400 € s'il avait laissé l'intégralité sur un compte courant rémunéré à 0,3 %. L'écart cumulé sur 5 ans dépasse 110 000 € sans prise de risque significative ni perte de liquidité majeure (les deux premières poches restent disponibles sous 1 à 90 jours). L'effet structurant n'est pas le rendement marginal d'un produit isolé, mais la cohérence globale de l'allocation entre les trois poches. La poche contrat de capitalisation, en particulier, prépare déjà la capitalisation patrimoniale à plus long terme.
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Parler à un expertSolution 6-9 : les véhicules de long terme
Pour la trésorerie excédentaire stable, sur des horizons de 5 à 15 ans, quatre véhicules constituent l'essentiel des allocations patrimoniales en société.
Solution 6 : Les SCPI détenues par la société
Les SCPI (Sociétés Civiles de Placement Immobilier) permettent à une société d'investir indirectement dans un parc immobilier diversifié (bureaux, commerces, logistique, santé), géré par une société de gestion professionnelle. Les revenus locatifs sont distribués trimestriellement aux porteurs de parts. En 2026, les TDVM (taux de distribution sur valeur de marché) des SCPI françaises de référence oscillent entre 4 et 6 %, avec une volatilité modérée sur la valeur des parts.
Spécificités en société à l'IS : les revenus distribués sont imposés à l'IS au taux normal (15 % puis 25 %), avec amortissement comptable possible des parts dans certaines conditions. La liquidité est trimestrielle, parfois plus longue en période de marché tendu. Les SCPI européennes (Allemagne, Pays-Bas, Espagne, Italie) bénéficient en plus du régime des conventions fiscales internationales qui peuvent réduire le frottement.
Avantages : rendement régulier, exposition à l'immobilier sans contraintes de gestion directe. Inconvénients : liquidité moyenne, frais d'entrée élevés (8-12 %), risque de dévalorisation des parts dans les marchés tendus.
Solution 7 : L'immobilier d'entreprise direct (via SCI ou en direct)
L'acquisition directe par la société de locaux professionnels (siège, ateliers, entrepôts), ou via une SCI à l'IS détenue par la société, constitue un placement patrimonial structurant. L'immobilier d'entreprise occupé par la société elle-même présente l'avantage supplémentaire de convertir un loyer (charge) en remboursement de capital, et de constituer un patrimoine immobilier propre à la société.
En 2026, le rendement net courant d'un investissement immobilier d'entreprise oscille entre 3,5 et 5 % (loyers nets de charges et d'IS), auquel s'ajoute l'appréciation potentielle du bien à 10-15 ans. L'effet de levier bancaire (acquisition financée à 60-70 %) peut amplifier significativement le rendement sur fonds propres.
Avantages : actif tangible, effet de levier possible, déduction des intérêts d'emprunt et amortissement à l'IS. Inconvénients : illiquidité forte (revente à plusieurs mois), gestion locative à organiser, risque de vacance.
Solution 8 : Le private equity et les FPCI
Le private equity (capital-investissement) consiste à investir dans des sociétés non cotées, généralement via des fonds spécialisés (FPCI — Fonds Professionnels de Capital Investissement, FCPR — Fonds Communs de Placement à Risques). Les rendements visés sont élevés (8 à 12 % annualisés sur cycle complet), mais la durée d'engagement est longue (5 à 10 ans, parfois plus) et l'illiquidité totale pendant la période.
Pour les sociétés à l'IS, le private equity est particulièrement intéressant car il prépare ou s'inscrit dans une stratégie de réinvestissement 150-0 B ter (apport-cession avec obligation de réinvestissement de 60 % dans des activités éligibles). Les FPCI répondant aux critères constituent une voie majeure pour respecter cette obligation.
Avantages : rendement élevé attendu, éligibilité 150-0 B ter, exposition à des actifs non cotés. Inconvénients : illiquidité totale pendant 5-10 ans, ticket d'entrée souvent élevé (100 000 € minimum), volatilité forte des résultats.
Solution 9 : L'usufruit temporaire de parts de SCPI
L'acquisition de l'usufruit temporaire de parts de SCPI est l'une des solutions les plus efficaces et les plus méconnues pour une société à l'IS disposant d'une trésorerie excédentaire stable. Le principe repose sur le démembrement : la société n'achète que l'usufruit des parts pour une durée déterminée (5, 10 ou 15 ans), tandis qu'un tiers, souvent le dirigeant à titre personnel dans un schéma de démembrement croisé, en acquiert la nue-propriété, décotée.
Pendant toute la durée, la société perçoit l'intégralité des revenus locatifs distribués par la SCPI sur la pleine valeur des parts, alors qu'elle n'a déboursé qu'une fraction de cette valeur. Les clés de répartition usufruit / pleine propriété sont fixées par la société de gestion : de l'ordre de 20 % sur 5 ans, 33 % sur 10 ans et 40 % sur 15 ans. Acheter 330 000 € d'usufruit sur 10 ans donne ainsi droit aux loyers d'un million d'euros de parts.
Le second levier est fiscal : l'usufruit temporaire est inscrit à l'actif comme une immobilisation incorporelle à durée déterminée, et amorti linéairement sur sa durée. Cet amortissement est une charge déductible qui neutralise une large part des loyers perçus réduisant fortement, voire annulant, l'IS dû pendant la période.
La contrepartie est essentielle à comprendre : au terme de l'usufruit, le droit s'éteint et le capital investi n'est pas récupéré la pleine propriété se reconstitue automatiquement sur la tête du nu-propriétaire. L'opération n'a donc de sens que sur une trésorerie réellement excédentaire, mobilisable sur toute la durée, dans une logique de rendement net optimisé plutôt que de préservation du capital. S'y ajoutent une illiquidité forte (pas de marché secondaire pendant la période), le risque propre à la SCPI (variation des loyers et de la valeur des parts) et la nécessité de trouver un nu-propriétaire. Le traitement comptable de l'amortissement doit être sécurisé avec l'expert-comptable.
La fiscalité du placement en société à l'IS
La fiscalité du placement diffère sensiblement selon le véhicule retenu et la structure de la société. Quatre principes structurent l'analyse.
Principe 1 : Les produits financiers sont imposables à l'IS
Les intérêts perçus (CAT, OPCVM monétaires détenus en direct), les revenus locatifs (SCPI, immobilier) et les plus-values réalisées par la société sont en principe imposables au résultat fiscal de la société, et donc soumis à l'IS au taux applicable (15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, 25 % au-delà). Pour les sociétés à fort résultat, ce frottement annuel (~25 %) est significatif.
Principe 2 : Le contrat de capitalisation différe la fiscalité
Le contrat de capitalisation personne morale présente l'avantage majeur de différer la fiscalité jusqu'au rachat. Les plus-values latentes au sein du contrat ne sont pas imposées tant qu'aucun rachat n'est effectué : la société peut capitaliser pendant plusieurs années sans frottement, et choisir le moment optimal pour réaliser ses plus-values (idéalement quand son taux d'IS marginal est le plus bas, ou lors d'opérations de groupe permettant l'imputation de déficits).
Au rachat, la plus-value réalisée est intégrée au résultat fiscal de la société et imposée à l'IS au taux applicable. La fiscalité n'est pas supprimée, elle est reportée mais ce report a une valeur économique réelle, car il permet la capitalisation pendant la période.
Principe 3 : Les OPCVM hors contrat de capitalisation subissent l'IS annuel sur plus-values latentes
Pour les OPCVM détenus en direct (en compte-titres), la fiscalité est plus contraignante depuis 2022 : les plus-values latentes au 31 décembre de chaque exercice sont en principe imposables à l'IS (régime mark-to-market). Cette règle, qui s'applique aux OPCVM monétaires, obligataires et certaines actions, complique la détention directe par la société et plaide pour la détention via un contrat de capitalisation. Pour les actions cotées, le régime peut être différent selon le pourcentage de détention et la nature du portefeuille.
Principe 4 : Les frais sont déductibles à l'IS
Les frais de gestion des supports de placement (frais de contrat capi, frais d'entrée SCPI, frais d'arbitrage) sont en principe déductibles au résultat fiscal de la société, ce qui en atténue partiellement l'impact économique. La déductibilité s'apprécie au cas par cas selon la nature du frais et son lien avec le placement.
Cas pratique 2 : Marie, allocation patrimoniale à 10 ans
Marie, 49 ans, dirigeante d'une holding patrimoniale, dispose d'une trésorerie excédentaire stable de 1,8 M€ accumulée sur 8 ans (résultats laissés en société à l'IS). Pas de besoin de liquidité avant 10 ans (date envisagée pour cession progressive et transition patrimoniale). Marie souhaite construire une allocation patrimoniale orientée long terme, en exploitant pleinement l'avantage de capitalisation à l'IS.
Pour Marie, l'allocation construite combine plusieurs leviers : capitalisation via contrat capi (fiscalité différée jusqu'au rachat), revenus réguliers via SCPI européennes, exposition long terme et préparation 150-0 B ter via FPCI, actif tangible via SCI IS. Sur 10 ans, le capital de 1,8 M€ peut potentiellement atteindre 2,8 à 3,1 M€, soit un gain de 1 à 1,3 M€ à hypothèse de rendement moyen pondéré de l'ordre de 5 %. Comparativement, la même somme laissée sur compte courant aurait perdu environ 18 % de pouvoir d'achat. La différence cumulée sur 10 ans dépasse 1,5 M€, soit la totalité de la trésorerie initialement disponible.
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Je m'inscrisLes erreurs les plus fréquentes
Trois erreurs reviennent régulièrement chez les dirigeants qui structurent ou pilotent la trésorerie de leur société. Chacune a un coût économique identifié.
Erreur 1 : Le tout-monétaire prolongé
Conserver l'intégralité de la trésorerie sur des supports monétaires (CAT, OPCVM monétaires) pendant 5 ou 10 ans paraît prudent, mais c'est l'erreur la plus coûteuse en valeur cumulée. Sur le long terme, les supports monétaires couvrent à peine l'inflation et passent à côté de la prime de risque des actions, de l'immobilier et du non coté. Pour une trésorerie excédentaire stable, une diversification vers le moyen-long terme est non seulement légitime mais nécessaire.
Erreur 2 : La précipitation sur les supports complexes
À l'inverse de l'erreur 1, certains dirigeants placent dès le départ une part importante de leur trésorerie sur des supports complexes (produits structurés, private equity, etc) sans avoir structuré préalablement les poches de court et moyen terme. Cette précipitation expose à des risques de liquidité (impossibilité de mobiliser le cash si besoin) et de volatilité incompatibles avec la nature de la trésorerie d'entreprise. La règle est claire : sécuriser d'abord, optimiser ensuite.
Erreur 3 : L'absence de revue annuelle
Mettre en place une allocation initiale puis ne plus la revisiter pendant cinq ans est l'une des erreurs les plus discrètes mais les plus coûteuses. Les besoins de la société évoluent, les conditions de marché changent (les taux ont triplé entre 2021 et 2024), de nouveaux véhicules apparaissent. Une revue annuelle de l'allocation, avec un cabinet partenaire spécialisé, est le minimum pour maintenir la cohérence de la stratégie.
Une stratégie de placement de trésorerie d'entreprise ne doit jamais être pilotée sans coordination avec la stratégie patrimoniale globale du dirigeant. Une mauvaise articulation peut conduire à des frottements fiscaux importants à la sortie (cession, dividendes, transmission). La trésorerie d'entreprise est un actif patrimonial à part entière : elle se gère comme tel.
La méthode d'arbitrage en quatre étapes
Pour structurer ou réviser une allocation de trésorerie d'entreprise, quatre étapes méthodiques s'enchaînent.
Étape 1 : Diagnostiquer la trésorerie disponible
Établir une cartographie complète : trésorerie totale en banque, créances clients, dettes fournisseurs, charges fixes mensuelles, échéances fiscales et sociales prévisibles, projets d'investissement à 6, 12, 24 mois. Cette cartographie permet d'identifier les trois poches (exploitation, sécurité, excédent) avec leurs montants respectifs.
Étape 2 : Définir l'horizon et le profil de risque
Pour la poche excédentaire, préciser l'horizon de placement (3, 5, 10 ans) et le profil de risque acceptable (capital garanti / volatilité modérée / volatilité élevée acceptée). Ces deux paramètres conditionnent la pondération entre les huit véhicules disponibles.
Étape 3 : Construire l'allocation
Combiner les véhicules selon une allocation cohérente avec l'horizon et le profil. Pour un horizon court (≤ 2 ans) : priorité au monétaire et aux CAT. Pour un horizon moyen (3-5 ans) : contrat de capitalisation diversifié, allocation équilibrée. Pour un horizon long (5+ ans) : contrat de capitalisation orienté UC, SCPI, immobilier d'entreprise, private equity selon le profil. Aucune classe d'actifs ne doit représenter plus de 50 % de la poche excédentaire pour limiter les risques de concentration.
Étape 4 : Documenter et réviser
Formaliser l'allocation cible dans une note de politique de placement validée par les organes de direction (président, conseil). Cette note précise les véhicules retenus, les pondérations cibles, les seuils de rebalancement et les conditions de révision. Réévaluer annuellement avec un cabinet partenaire pour ajuster aux évolutions de la société et des marchés.
Conclusion : structurer la trésorerie comme un patrimoine
La trésorerie d'entreprise n'est pas un solde bancaire dormant : c'est un patrimoine à part entière, qui peut être structuré, diversifié, capitalisé et transmis avec une efficacité comparable à un patrimoine personnel. Pour une société à l'IS, l'avantage est même supérieur : la fiscalité différée du contrat de capitalisation et la possibilité de mise en réserve à 15-25 % d'IS uniquement font de la société un véhicule de capitalisation puissant à condition de l'activer par une stratégie de placement explicite.
Les neuf véhicules présentés dans ce guide couvrent l'ensemble des besoins d'une trésorerie d'entreprise, du court terme (CAT, OPCVM monétaires, comptes à vue rémunérés) au long terme (SCPI en pleine propriété ou en usufruit, immobilier direct, private equity), en passant par le pivot stratégique du contrat de capitalisation personne morale. Aucun de ces véhicules n'est universel. Chacun correspond à un usage spécifique dans le cadre d'une allocation segmentée par poches.
La méthode que nous appliquons tient en quatre temps. Segmenter la trésorerie en trois poches : exploitation, sécurité, excédent. Calibrer les véhicules selon l'horizon et le profil de risque. Documenter la stratégie dans une note de politique de placement formalisée. Réviser annuellement pour adapter aux évolutions de la société et des marchés.
Aucun article ne peut se substituer à un diagnostic personnalisé. Les véhicules présentés comportent chacun des subtilités.
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